L’Œil du dedans…

Bretagne, 22 mars 2019

L’ŒIL du dedans c’est le voir revenu à sa nudité primitive. J’en suis là dans ma démarche photographique qui peu à peu, je dois bien l’avouer, s’est éloignée au long des jours d’une source d’eau vive, d’une intériorité vibrante. L’acte photographique pousse parfois, quand ce n’est pas souvent, à une forme de surenchère photogénique, c’est inévitable. N’est-ce pas sa nature de représenter le réel, le magnifier, parfois l’enjoliver, plus rarement, quand un hasard heureux s’en mêle, le révéler ? Mais quand l’inspiration est en panne, la photographie peut devenir une véritable prison. Ses murs sont la conformisme, l’académisme, la répétition des habitudes, des trucs qui marchent, des artifices qui éblouissent la galerie (celle qu’on imagine, le plus souvent).

Alors, j’épure mon regard, le ‘désinstruis’ en quelque sorte, pour qu’il retrouve cette nudité originelle (un lointain/proche paradis perdu ?). Je revisite ma production, fais du tri, élague, et surtout me remets à l’ouvrage, camera en bandoulière, pour parcourir un monde nouveau avec l’œil neuf de l’enfant et du sage qui ont en commun, ne dit-on pas, la capacité de s’émerveiller au contact du réel.

L’ŒIL du dedans désigne également, plus prosaïquement parlant, le dispositif interne électro-mécanique de l’appareil photographique – prolongement du regard – qui, au sein de la chambre noire, capte et transfert sur un support (film ou carte mémoire) l’image illuminée du monde extérieur. L’externe et l’interne, la lumière et l’obscurité sont toujours liés, dans l’homme comme dans la camera, prolongement ingénieux de l’œil humain.